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Garde alternée : qu’en pensent les psys ?

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dreamstime_1918567 - copie10% des enfants de parents divorcés sont en situation de garde alternée. Dans plus de huit cas sur dix, la garde reste attribuée à la mère. Depuis 2002, la résidence alternée peut être imposée par les juges en cas de séparation des parents. Bonne nouvelle ou facteur d’instabilité supplémentaire pour les enfants ? Les avis restent partagés, les opinions mitigées. Avis croisés d'experts

Marcel Rufo, pédopsychiatre

Le problème avec la garde alternée, c’est que cela demande aux enfants un effort d’adaptation excessif. Or, lorsqu’ils sont petits, une certaine stabilité au niveau de leur espace-temps est nécessaire pour qu’ils puissent se construire. Ils ont autant besoin de leurs deux parents que d’une maison, d’une unité de lieu. Je serai donc plutôt partisan d’une alternance sur des périodes plus longues. Par exemple, de 0 à 3 ans chez maman, de 3 à 6 ans chez papa, etc… Avec, bien sûr, des week-ends et des vacances avec l’autre parent. En somme, privilégier de vrais temps de vie avec les deux. Dernière chose : une séparation est toujours difficile à vivre pour un enfant. Or, la garde alternée, pour fonctionner, nécessite que les parents se voient, et communiquent un minimum. Le souci, c’est que ce « semblant d’harmonie » prolonge l’illusion du couple. Difficile pour l’enfant de faire son deuil dans ces conditions…

Gérard Poussin, psychologue

Les statistiques sont claires, surtout quand les enfants sont jeunes : le principe du « le père de temps en temps » bat de l’aile avec le temps. Au bout de quelques années, les enfants perdent le contact avec le papa. La garde alternée permet de consolider dès le départ cette relation. C’est toujours structurant que l’enfant soit élevé par ses deux parents. D’autre part, beaucoup de patients adultes m’expliquent qu’avec le mode de garde en résidence principale, ils ont eu l’impression de devoir choisir entre papa et maman. Un souvenir très douloureux qui a eu des incidences sur leur épanouissement. L’alternance est donc une solution intéressante … si elle respecte certaines conditions. Proximité géographique, entente des parents, souplesse des rythmes en fonction des besoins et de l’âge de l’enfant, de la disponibilité des adultes… Le moment le plus délicat à gérer reste le passage de l’un à l’autre. L’enfant ne doit pas être déposé comme un paquet de linge sale, sous peine de vivre des micro-traumatismes d’abandon répétés.

 

Clairette Hammer, psychanalyste et psychothérapeute

Je suis pour un mode de garde égalitaire qui évite l’écueil du « papa du dimanche », gâtant tout le temps mais ne sanctionnant pas et n’éduquant jamais. Dans la construction psychique de l’enfant, les parents ont chacun un rôle à jouer. Sans tomber dans la caricature, contrairement à la femme, plutôt maternante, le père, c’est celui qui sociabilise l’enfant, lui dicte les interdits. Parfois, avec l’alternance, l’enfant développe même une relation plus complète avec lui : entre eux le dialogue est plus fort, la circulation des émotions plus fluide. Ce qui est épanouissant à la fois pour l’enfant et pour le papa. En revanche, si je pense que la garde alternée est positive tant que l’enfant est jeune, je crois qu’à l’adolescence, celui-ci a besoin d’une maison, d’une chambre, d’un groupe d’ami. À cet âge, « l’unité » est importante et la garde alternée peut alors être remise en question. En fait, l’idée c’est toujours de se poser la question de l’équilibre de l’enfant.

 

À lire

Le livre noir de la garde alternée, dirigé par Jacqueline Phélip, Dunod, 17,10 euros

Réussir la garde alternée, Gérard Poussin et Anne Lamy, Albin Michel, 7,60 euros.

 

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