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Violences faites aux femmes : que penser des mesures annoncées ?

  Enfant et mere de sos plus petite En ce lundi 25 novembre, journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé des mesures de protection qui s'articulent autour de 3 axes. Que penser de ces mesures ? Qu'en disent les associations et les acteurs de la protection de l'enfance ? 

1-Traiter les violences à la racine par l’éducation 

Le premier ministre annonce qu'il faut "éradiquer le machisme ordinaire" que cela passe par l'éducation et notamment par  une formation obligatoire pour les Enseignants. Laurence Rossignol, ancienne ministre de la famille et du droit des femmes entre 2014 et 2016, s 'étonne que la mesure soit présentée comme neuve. Elle ajoute " ce que j'aurai aimé entendre c'est que nous allons dégager des moyens pour mettre en oeuvre ce qui est déjà prévu dans la loi de 2013". Les associations se désolent de l'absence de mesures concernant de formations pluridisciplaines auprès des magistrats, des policiers et tous les intervenants qui peuvent côtoyer une femme en danger et intervenir pour lui éviter des violences. 

2-Protéger les femmes dès les premières violences 

Il est prévu que des écoutants répondront désormais 24h sur 24 au 3919. Là encore il n'a pas été précisé que des moyens spécifiques seraient dégagés. Et les associations craignent des appels sans réponse et pire que certaines consignes restent de déposer une main courante et pas une plainte. 

Le recours au droit est également prévu, pour supprimer selon les termes du premier ministre "certaines absurdités juridiques"  Le père criminel sera déchu de ses droits en matière d'autorité parentale et l'obligation alimentaire pour des enfants de subvenir aux besoins de leur père meurtrier de leur mère sera supprimée. 

Mais le droit interviendra également pour ajouter au code pénal une nouvelle circonstance aggravante en cas de suicide forcé ainsi qu'en intégrant la notion d'emprise mentale. Il est a souhaiter que ce qui sera reconnu de l'ordre de l'emprise mentale pour la mère le soit également pour l'enfant. 

Concernant l'épineuse question du secret médical, le premier ministre s'est montré prudent. Il a rappelé qu'il s'agissait là, d'un principe fondateur  qu'il fallait conserver. Tout en ajoutant que lorsque cela pouvait sauver des vies les médecins pourraient rompre le secret médical, que cela devait être encore discuté et que les mesures adoptées devraient protéger aussi bien les victimes que le secret médical

3- Suivre les auteurs des violences 

Edouard Philippe a rappelé que "l’urgence commandait et commande toujours de protéger les victimes". Pour autant s'occuper des agresseurs est une réponse importante pour éviter les récidives et protéger les femmes. 

Concernant la prise en charge par la police, il a parlé de 1000 bracelets électroniques anti-rapprochement qui seraient distribués dès 2020. Puis, précisé que suite à une plaintes les armes devaient être conservées par les policiers. Des questions restent en suspend, selon les associations, qu'en est-il des couteaux, des cordes, des poings...bref du contact des agresseurs avec leur victime et des moyens effectifs alloués à ces mesures ?

A été annoncé un appel à projets pour que 2 centres, d'accueil des agresseurs, voient le jour par région d'ici à la fin du quinquennat. Une mesure saluée par les associations qui depuis des années se battaient pour que ce ne soit pas à la victime de partir avec ses enfants sous le bras. Dans le prolongement de cette mesure, une évaluation médico psycho sociale sera également ordonnée dès la phase de l’enquête.

4- Donner de vrais moyens d'agir ?

Enfin, Edouard Philippe,  a parlé d'un milliard d’euros consacré à l’égalité femme-homme, en 2020, dont 350 millions seraient dédiés à la lutte contre les violences faites aux femmes. Laurence Rossignol se désole du flou autour de ces chiffres. Selon elle  "120 millions seraient sans doute pris sur les salaires des enseignants sans réelle investissement. De toute façon avec l'annonce d'un tel chiffre on ne peut pas savoir  s’il y a de nouveaux crédits alloués à la protection des femmes contre les violences"

Nous pouvons déplorer que n'ait pas été mis en place une approche globale, notamment en matière de formations pluridisciplinaires, prenant en compte les réalités convergentes sur le plan juridique, social, psychologique et matériel. Car les violences faites aux femmes sont aussi des violences faites aux enfants !

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