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Qu’est-ce que le complexe de la Madone et de la Putain ?

Qu'est-ce que le complexe de la Madone et de la Putain ?

Qu'est-ce que le complexe de la Madone et de la Putain ?Imaginer une mère, une madone, libre sexuellement gêne, trouble. Pour certains, féminité, sexualité et maternité sont antagonistes. Qu'est-ce que les psys appellent le complexe de la Madone et de la Putain ? Pourquoi la vision sexuelle de la femme serait changée au moment où elle devient mère ? En quoi consiste le complexe de la madone et de la putain ?

« J’ai toujours été fidèle », lâche Pierre, un sourire crispé pendu au bout des lèvres. « J’aime Christiane et Christiane m’aime. » En réalité, côté privé, cet homme, âgé de 33 ans, et papa d’une jolie petite fille nommée Manon, affirme mener une vie franchement très agréable. « Un havre de tendresse et de mots doux », nous dit-il.
Et côté sexe ? À cette question, Pierre met du temps avant de répondre. Il cherche ses mots, hésite, puis finit par se lancer : « Depuis l’arrivée de Manon… c’est vrai que ce n’est plus vraiment pareil. Ma libido s’est lentement endormie. En fait, j’ai du mal à concevoir que le corps de Christiane, qui nourrit, sécurise notre fille, puisse également être l’objet de mes désirs, de mes pulsions, de mes fantasmes… »

Tradition
Pas toujours évident, en effet, de se libérer des filets de l’inconscient collectif. Pas toujours évident d’entrelacer, dans ses fantasmes d’homme, le « féminin » et le « maternel ». Question de culture. D’idées reçues. Selon Michel Bian, sociologue, cette difficulté tiendrait en partie à la tradition judéo-chrétienne, ancrée en nous, malgré nous, depuis des siècles.
« En scindant la femme en deux icônes antagonistes – Marie la douce, la pure et Ève la corruptrice –, la tradition judéo-chrétienne nous a toujours enseigné que bonheurs sexuel et maternel étaient antinomiques. Qu’une femme ne pouvait être à la fois aimante – avec ses enfants – et amante – avec son conjoint."

Malaise
Pour le psychologue Henry Pfyser, l’embarras qu’éprouvent certains hommes à se représenter une mère tendre (qui serait également une femme séductrice), reposerait davantage sur une incompréhension. Voire un malaise. « Dans une société où l’éducation a toujours largement été une affaire de femme, observe l’expert, il est clair que tous les garçons sacralisent leur mère. À leurs yeux, maman représente très tôt le symbole même de l’amour, de l’autorité, du respect, de la douceur. » Bien sûr, à l’âge adulte, la plupart des hommes dépassent naturellement cette image. « Mais il arrive, continue l’expert, qu’elle reste enfouie en eux, profondément, comme une empreinte, une trace indélébile, inconsciente, refoulée. Notamment chez les hommes qui ont souffert d’une mère toute-puissante, asphyxiante, d’une mère inhibante qui n'a jamais respecté leur espace de liberté et d’intimité. »

Projection
Conclusion ? Le jour où ces hommes voient leur compagne devenir maman, cette image les assaille, les envahit. Incapable de s’en défaire, ils la projettent alors sur leur conjointe. Comment pourrais-je exiger des prouesses sexuelles de la mère de mes enfants sans éprouver de la honte, de la crainte, de la culpabilité ? Comment pourrais-je réinvestir le sexe de ma compagne comme un lieu de plaisir, de jouissance, alors que de lui est sorti l’amour, la vie, la tendresse ? Débordés par leur angoisse, certains redoublent dès lors d’énergie dans un déchaînement sportif ou professionnel. D’autres connaissent un état dépressif, qui s’estompe avec le temps. Et d’autres encore, effrayés par l’idée de ne pas être « normaux », vérifient leur virilité sur une autre femme – une amante ou une prostituée.

Contradiction
Les psys parlent alors du Complexe de la Madone et de la Putain. Ce complexe, observe Myriam Lebrin, sexologue, peut également toucher les femmes. « Certaines viennent d’ailleurs me consulter pour me dire que si elles assumaient leur sexualité avant leur grossesse, aujourd’hui, elles ne veulent plus faire l’amour. Elles en sont psychologiquement incapables. »
Pourquoi ? « Sans doute parce que leurs propres mères leur ont toujours appris à regarder la maternité comme l’aboutissement de la féminité. Une fois devenues mamans, elles ont ainsi développé une véritable aversion pour le phénomène du plaisir, de la chair, de l’orgasme. À leurs yeux, désir de sexe et désir d’enfants ne peuvent plus cohabiter. »
Lucie, 43 ans, artiste peintre et maman de trois enfants, affirme que ce complexe est en fait propre à notre société occidentale. « Il suffit de jeter un œil sur l’art africain pour s’en convaincre. Les trois-quarts des femmes représentées, parfois dans des poses lascives, sont aussi des mères : en réalité, leur ventre rond nous montre qu’elles sont fécondes. L’art occidental, lui, a toujours émis des réserves à entrelacer aussi explicitement le féminin et le maternel. Ce qui au fond est assez contradictoire. Car, s’il existe quelqu’un qui a déjà fait l’amour, dans sa vie, c’est bien une maman ! »

Solutions ?
Tant qu’on n’a pas admis cette certitude, est-il possible de (re)trouver une sexualité équilibrée ? Réponse de Myriam Lebrin : « Non, bien entendu. La résolution du Complexe de la Madone et de la Putain repose principalement sur la remise en question de nos propres idéaux, de nos propres inhibitions. Pour cela, on peut se faire aider par un psy ou suivre une thérapie de couple. Il est aussi possible d’opter pour la transparence, en disant ses doutes, ses craintes, à son conjoint. Dans tous les cas, il s’agit de trouver en soi le courage de se remettre en question. » Un travail d’introspection parfois délicat mais souvent nécessaire au bien-être de son couple. « Un travail d’auto-analyse, pour comprendre qu’une mère, aussi tendre soit-elle, a le droit d’être sensuelle et désirable. Qu’une femme, aussi libre soit-elle, puisse chérir ses enfants ». Et la sexologue de conclure : « De toute façon, réduire la femme à deux images antagonistes, représente, dès le départ, une erreur de jugement nuisible à la condition féminine. Une femme n’est pas Madone ou Putain. Pas plus qu’elle ne serait Madone et Putain. Une femme est une femme, un point c’est tout. »

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