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Pourquoi les hommes n’écoutent-ils qu’à moitié ?

Pourquoi les hommes n’écoutent-ils qu’à moitié ?

Pourquoi les hommes n’écoutent-ils qu’à moitié ?Ah les hommes ! On reproche souvent à la gente masculine d’être insensible, indifférente et de n’écouter que d’une oreille. Est-ce vraiment le cas ? Comment se fait-il que les hommes n'écoutent pas toujours ce qu'on leur dit ? Explications sur les raisons de ce manque d'écoute.

Stéphane n’est pas d’accord. Quand sa femme, Maryse, lui affirme qu’il lui arrive, comme tous les hommes, de n’écouter qu’à moitié, il fronce les sourcils et lance d’une voix excédée : « C’est faux. Je suis un mari attentionné. » Attentionné ? « Pourtant, quand je lui parle de mon travail, explique Maryse, au bout d’un certain temps, il n’écoute plus rien. Comme si mes paroles devenaient soudain inconsistantes, diffuses, sans intérêt. Le fait-il exprès pour m’agacer ?»

Incommunication

Peut-être… « Mais cela dit, nuance Stéphane Nef, psychologue, il faut bien comprendre que les hommes et les femmes ne possèdent pas le même mode de communication. » On le sait : les hommes ont plutôt tendance à se réaliser dans l’action, les femmes dans la parole et l’affect. On reproche aux premiers de ne pas être assez expressifs ou attentifs. Aux secondes, d’être un peu trop volubiles. En résulte une manière d’échanger et d’écouter qui peut rapidement aboutir à l’incompréhension… Voire à l’agacement. Cette divergence homme/femme, le docteur Cline de l’université d’Indiana, aux États-Unis, a tenté de lui donner une explication neurobiologique. Après avoir étudié, en septembre 2001, le développement du cerveau d’une centaine de fœtus mâles et femelles,  le docteur a en effet mis en évidence que le côté gauche du cerveau humain, qui détermine en partie les fonctions verbales et cognitives, se  développerait plus rapidement chez les filles que chez les garçons.

Hémisphère

Raison pour laquelle ces messieurs seraient, dès le départ, moins sensibles à la parole. Et ces demoiselles, plus ouvertes aux interactions sociales et plus bavardes. « Plus bavardes ? Trop bavardes, vous voulez dire ! vitupère Maxime, 28 ans. J’aime les femmes. Mais, quand elles reprochent aux hommes de n’écouter qu’à moitié, moi je leur reproche de parler pour deux. Comment voulez-vous être attentif à tout ce qu’elles vous racontent ? » « Souvent, avec une femme, ironise de son côté Yann, 32 ans, un dialogue se transforme en monologue. Quand vous les invitez au restaurant, elles arrivent même, parfois, à vous parler pendant des heures, tout en suivant la discussion de la table d’à côté. C’est incroyable ! » Incroyable ? Pas tant que ça. Une autre étude, menée à l’université de Chicago cette fois-ci, a démontré qu’en plus d’être naturellement moins sensibles à la parole que les femmes, ces messieurs n’utiliseraient, pour écouter, que la moitié gauche de leur cerveau. Tandis que les femmes activeraient des zones de leur hémisphère gauche – fonction verbale – et des zones de leur hémisphère droit – spatiale. Ce qui expliquerait en partie pourquoi elles éprouveraient peu de difficultés à exécuter plusieurs tâches à la fois ou à suivre deux conversations en même temps.

Pragmatisme

« Toutefois, ce genre d’études est à prendre avec des pincettes, analyse le psychologue Stéphane Nef. Elles ne supposent pas que les hommes ont une capacité d’écoute inférieure aux femmes. Elles indiquent seulement que les deux sexes communiquent et entendent différemment.» C’est-à-dire ? Les hommes de façon plus pragmatique, les femmes de façon plus émotionnelle. Point de vue partagé par Myriam, 38 ans : « Quand je discute high-tech avec mon mari, je sens dans son discours beaucoup d’investissement. Mais dès que nous parlons amour, relation, émotion, il devient plus hésitant. Il a du mal à trouver ses mots et finit par ne plus m’écouter du tout… »

Sexes

Quoi qu’il en soit, une enquête menée par Ipsos en septembre 2005 a tout de même dévoilé que 65 % des femmes françaises estiment que leur compagnon sait se montrer affectueux et ouvert à leur ressenti. Comme quoi : l’homme brut, incapable de divulguer ses sentiments, serait en voie d’extinction. « Probablement. Mais il n’empêche que les hommes n’entendent que ce qui les intéresse », tranche Yvonne Lefrande, psychanalyste. Avant de reprendre : « Dès l’instant où ils apprennent à connaître leurs émotions, via leur corps et leur sexe, ils se situent dans le perceptible, le palpable, le mécanique. Les femmes se découvrent dans l’imaginaire et l’invisible. Elles se construisent d’emblée dans un rapport au monde plus sensible. Leur langage, leur manière d’appréhender la vie s’en ressentent. Il existe donc, en elles, des milliers de sensations qu’elles souhaitent exprimer mais auxquelles les hommes se ferment et se  fermeront toujours. »

Stress

Selon Gregory White Smith, psychologue, cet hermétisme masculin toucherait, en partie, tout ce qui a trait au stress. « Les femmes, observe l’expert, ont besoin d’extérioriser leurs angoisses. » Pourquoi ? « Parce qu’en parlant, elles ont la sensation de se réparer. Les mots agissent sur elles comme un désinfectant qui les soigne. Les hommes, eux, se restaurent souvent en silence. Et quand ils échouent, ils ont plus facilement recours à des aides médicamenteuses. » « Il est vrai, raconte Mathieu, 38 ans, que ma femme et moi n’avons pas la même façon d’affronter les difficultés. Moi, quand ça ne va pas, je me tais. Ma femme, elle, exprime son mal, le décrit, le décortique… et me perd dans une foule de détails qui me lassent et m’agacent. »

Imperfection

Cela signifie-t-il que les hommes et les femmes sont condamnés, malgré eux, à ne pas s’entendre ? « Condamnés… le terme est un peu fort, répond la psychanalyste Yvonne Lefrande. Cependant, une relation de couple ne peut pas s’établir sur la base étroite du je te dis tout, tu comprends tout. Inévitablement, il y a des sentiments, des impressions qui échappent à l’un des deux partenaires. » Pour pallier ces lacunes, il est néanmoins possible de se confier à un tiers, à un ami ou à un psy – quand l’incommunication devient réellement paralysante. « En amour, écrivait à cet égard le philosophe Paul Ricœur, les deux sexes ne peuvent fusionner. Vouloir vivre avec un complément de soi idéal est impossible. » Mais si cette impossibilité est souvent synonyme  de frustration, elle représente sans doute l’enjeu et la force de nos relations. Nous obligeant à ne pas faire de notre couple l’unique support de nos tensions. « Nous apprenant, terminait Paul Ricœur, qu’il est bien moins beau d’aimer un être vaguement, que d’aimer à la perfection un seul être imparfait. »

À lire

Ces hommes qui ne communiquent pas, Gregory White Smith, Le jour éditeur, 18 €.
Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, John Gray, J’ai lu, 6,40 €.

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