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Le foot est-il un sport de macho ?

Le foot est-il un sport de macho ?

Le foot est-il un sport de macho ?Folles de foot… toutes les femmes ne le sont pas. Parfois, à leurs yeux, le football renfermerait comme un « trop-plein de masculinité », irritant, agaçant. Pourquoi le foot a-t-il cette image macho ? Zoom psy sur les codes et ressorts du football.

Un divertissement de mec, le foot ? Oui, probablement. Selon un sondage réalisé par Ipsos, 72 % des hommes français avouent suivre régulièrement son actualité et ses rebondissements en tout genre… contre 3% de femmes seulement. « En réalité, observe le psychologue René Daïeu, plus qu’un sport de mec, le football est un sport qui regroupe tous les apparats de la masculinité : le combat, le courage, l’énergie, la robustesse. Puis, de fil en aiguille, un langage, un style de vie, un habillement et des accessoires qui font mâle. » Patrick Mignon, chercheur au laboratoire de l’Institut national des sports et de l’éducation physique, va jusqu’à affirmer qu’il s’agit là de la figure la plus populaire dans laquelle s’éprouve la virilité. « On y apprend à se faire respecter. On s’expose à la douleur et à l’effort. On se prête au défi, dans le jeu ou face à d’autres supporters. »

Maîtrise de soi ?
Raison pour laquelle, sans doute, Françoise Giroud aimait si souvent répéter que « le foot est un combat… une guerre sans mort. » Et raison pour laquelle, probablement, ce sport est parfois tant raillé par la gente féminine. « On dit souvent, témoigne Zoé, 33 ans, que le foot puise ses origines dans une certaine culture qui véhicule des valeurs telles que le fair-play et la maîtrise de soi. Mais on oublie au passage qu’il incarne aussi la violence… et toute une manière de mettre son agressivité à l'épreuve. » Jugement sans concession repris en cœur par Séverine, 28 ans : « le football met en scène de la virilité exacerbée qui réveille en chaque homme ou presque un désir de domination, de toute-puissance. C’est ridicule ! »

Machisme
En fait, si le football connaît parfois quelques détractrices, c’est surtout parce qu’il concentre les ingrédients nécessaires pour alimenter une bonne guerre des sexes. Les hommes retrouvent en lui une manière d’agir qui leur correspond. Une façon de se rassembler en groupe, de supporter, de faire partie d’une tribu dont les rites codifiés, le vocabulaire, les attributs supposent un rapport de force viril. Les femmes, moins sensibles au goût du défi, de la bravade, lui reprochent d’être justement mu par un trop plein de masculinité – machisme, voire misogynie – qui agace, irrite. « Irrite ? Le mot est faible », s’insurge Estelle, 43 ans, membre de l’association Chienne de Garde. « Regardez le trafic de prostitution qui s’organise pour la coupe du monde en Allemagne : des centaines de jeunes filles venues d’Asie vont être exportées comme de la marchandise pour satisfaire des supporters mâles complètement idiots. Tout est là… C’est scandaleux… C’est une insulte à l’identité féminine. »

Animosité
Au-delà de cet exemple extrême, il est certain qu’aux yeux des femmes, le football véhicule parfois des valeurs qui se situent aux antipodes de ce que serait, pour elles, l’idéal masculin. « Dans la construction affective des femmes, explique le psychologue Henry Pfyser, l’homme idéal du XXIe siècle doit être viril mais sans excès. » C’est-à-dire ? Capable de laisser parler cette part légère de féminité, en lui. « Or, continue Henry Pfyser, le football est tout, sauf féminin. Son vocabulaire est élémentaire, parfois injurieux. Son ambiance est faite de rivalité, sinon d’animosité. On crie, on se bouscule. On se réalise bien plus dans l’action et la confrontation que dans l’affect. »

Pénis
« Question d’hormones, remarque Gaétan, 35 ans, supporter invétéré du PSG. Les hommes produisent plus de testostérones que les femmes. Il leur faut donc trouver des astuces, des moyens pour les libérer et les laisser s’exprimer. » Question de caractère, souligne de son côté Yvan, 33 ans, supporter de l’OM. « Les hommes aiment se rassembler en groupe et se sentir affilié à un pays ou à une ville en hurlant ensemble leur amour du maillot. »
Constat intéressant. Selon Freud, les hommes cultiveraient plus naturellement la notion de groupe et de horde que les femmes, parce qu’ils possèderaient un pénis. C’est-à-dire un attribut identitaire visible qui leur donnerait le sentiment d’appartenir à une communauté concrète – au contraire des femmes, qui ne possèderaient rien…

Jeux
« Soyons sérieux, nuance le psychologue René Daïeu. Je crois que tout ceci est surtout culturel. N’oublions pas que le football est avant tout un sport. Et que le sport, jadis, n’était réservé qu’aux hommes. » Au terme de « sport », Yvonne Lefrande, psychanalyste, préfère celui de « jeu ». « À la différence des femmes, les hommes sont de grands joueurs. À travers le jeu, ils ont toujours cherché à mesurer leur capacité à réussir, à gagner. Le masculin a naturellement besoin de cette reconnaissance par le courage, par le défi pour se réaliser pleinement. »
Et les femmes ? Réponse de l’intéressée : « les femmes, par nature, sont dans un autre type de reconnaissance. Elles cherchent moins à être vues, regardées et admises en s’opposant à qu’en étant aimées de. » Pourquoi ? « Parce que très tôt, elles apprennent à se découvrir dans l’imaginaire, via leur corps et leur sexe, invisible. Elles se construisent donc d’emblée dans un rapport au monde beaucoup plus sensible. »

Échappatoire
Et bien sûr, sensible… le football ne l’est pas vraiment. On l’a dit : trop guerrier. Trop viril. « Mais qui y a t-il de mal à ça ? » demande Samuel, 28 ans. « Je crois qu’à l’heure où les hommes disposent de terrains beaucoup moins nombreux qu’autrefois pour exprimer leur rupture identitaire avec les femmes, le football peut représenter, à leurs yeux, une belle échappatoire. Un moyen ponctuel de se retrouver entre mecs. Une forme d’évasion masculine sans a priori vis-à-vis des femmes.
Propos partagés par Pierre, 45 ans, qui, au côté de son épouse acquiescante, nous affirme que : « tous les amateurs de foot ne sont pas des brutes sans âme… loin s’en faut. Personnellement, je suis un amoureux du ballon rond. Et je suis aussi un homme capable d’être dans l’introspection et l’écoute de mes propres sentiments. Ce n’est pas incompatible. Au contraire : ce sport peut même déclencher en vous tout un tas d’émotions, de sensations qui apprennent à se connaître ».
Et son épouse de conclure, sourire aux lèvres : « tout est une histoire de tolérance envers les mœurs et les pratiques de chacun. Moi, je trouve agréable de faire du shopping avec mes amies. Et mon mari prend du plaisir à regarder, de temps à autre, un match avec ses copains. Nous avons chacun nos hobbies et tant mieux. On s’aime, on se respecte et le reste… on s’en foot ! »

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